Je me suis souvent demandé où je me situais socialement.
Parce qu’en France, faut pas se raconter d’histoires : il y a des cases, des statuts, des CSP, des niveaux de revenus, des codes.
Et moi, j’ai jamais vraiment su dans quelle case me foutre.
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Je viens pas d’une famille bourgeoise.
J’ai été élevé par une mère seule, avec des beaux-pères, cadres moyens ou supérieurs.
Et pourtant, au fil du temps, j’ai accumulé un truc qui ne se voit pas forcément sur un relevé de compte : du capital culturel.
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J’ai repris mes études tard, jusqu’à obtenir un bac+5 dans l’assurance, la finance et la gestion patrimoniale.
J’ai bouffé des bouquins de sociologie, observé les milieux sociaux, fréquenté des univers complètement différents, de l’armée aux multinationales, de l’Asie à différents milieux sociaux.
J’ai toujours eu cette capacité à regarder comment les gens fonctionnent, quels sont leurs codes, leurs rapports de pouvoir, leur manière de parler, de s’habiller, de penser.
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En gros, j’ai passé une bonne partie de ma vie à apprendre les règles de jeux auxquels je n’avais pas forcément été invité.
Et aujourd’hui, il y a un truc assez bizarre : intellectuellement, culturellement, je ne me sens pas spécialement inférieur aux gens des classes supérieures. Je comprends leurs codes. Je vois assez vite comment ça fonctionne. Mais financièrement, je n’y suis pas.
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Et c’est là que ça devient dissonant.
Parce qu’aujourd’hui je peux avoir un niveau de réflexion, de connaissances et de compréhension du monde qui ne correspond absolument pas à mon niveau de revenus ni à mon activité actuelle.
Je gagne correctement ma vie, mais je suis très loin de ce que mon parcours intellectuel pourrait laisser imaginer.
Alors forcément, parfois, je me demande : qu’est-ce que je suis, au juste ?
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Mais avec le recul, je crois que je me suis trompé de question.
Je ne rêve pas vraiment de vivre dans le monde des riches.
Les codes vestimentaires, les dîners où tout le monde connaît tout le monde, les petits signes de reconnaissance entre initiés, franchement, ça ne me fait pas bander.
Ce que je veux, c’est ce que l’argent permet.
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La liberté.
Pouvoir partir quand j’en ai envie.
Voyager.
Découvrir un pays. Rencontrer des gens. Prendre un billet d’avion sans faire trois calculs derrière. Pouvoir dire non. Pouvoir changer de vie. Acheter du temps. Ne pas être coincé dans une situation simplement parce que mon compte bancaire m’y oblige.
En réalité, je ne veux pas leur monde.
Je veux juste la liberté que leur argent peut acheter.
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Et je crois qu’il y a derrière ça une vieille blessure.
Quand tu grandis avec le sentiment d’avoir manqué de sécurité, de moyens, de reconnaissance ou d’attention, l’argent finit par représenter autre chose que de l’argent.
Il devient une sorte de garantie : plus jamais dépendre de quelqu’un, plus jamais être coincé, plus jamais subir parce que t’as pas les moyens de faire autrement.
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Alors peut-être que pendant longtemps, j’ai voulu « réussir » pour deux raisons.
La première était simple : être libre.
La seconde était beaucoup plus intime : prouver que je valais quelque chose.
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Et là, faut faire gaffe.
Parce que si tu demandes à l’argent de réparer une blessure qui date de trente, quarante ou cinquante ans, t’es pas sorti de l’auberge.
Tu peux avoir 100 000 euros et vouloir 300 000. Puis 500 000. Puis un million. Et à chaque fois te dire que la vraie liberté est juste un peu plus loin.
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L’argent peut acheter énormément de liberté.
Mais il ne peut pas forcément acheter la sensation d’avoir enfin été reconnu.
C’est peut-être ça que je commence à comprendre.
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Je ne suis pas un bourgeois raté. Je ne suis pas non plus un pauvre type qui se prend pour un intellectuel.
Je suis probablement un mec qui a construit un capital culturel beaucoup plus important que son capital économique, et qui se retrouve aujourd’hui avec un décalage assez violent entre ce qu’il sait, ce qu’il comprend et ce que sa situation matérielle lui permet réellement de faire.
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Et finalement, mon problème n’est peut-être pas de trouver ma place dans leur monde.
C’est de construire le mien.
Un monde où je puisse utiliser ce que j’ai appris, gagner suffisamment d’argent pour être libre, et surtout arrêter de demander à cette réussite de réparer quelque chose qui appartient au passé.
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Parce qu’au fond, je ne veux pas devenir quelqu’un d’important.
Je veux juste pouvoir me lever, regarder mon compte, prendre mon sac, acheter un billet, et me dire : je me casse quand je veux, rencontrer l’humanité du monde.



Constat tellement juste, l’argent pas pour vivre avec les riches (quelle horreur), l’argent pour etre libre. Ne pas devoir compter est un luxe. Mais se mettre un peu en retrait du monde a aussi bcp de valeur. 😘